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Financer l’édition de logiciel open source

Nous reparcourons ici les variantes de modèles économiques des éditeurs open source, et montrons que, loin d’être antagonistes, l’open source du secteur non marchand, de fondations et communautés, et l’open source des éditeurs de logiciel s’alimentent l’un l’autre, sont interdépendants. L'un comme l'autre, ils sont mus par des mécanismes économiques, et les entreprises y jouent un rôle clé.

On a écrit beaucoup déjà sur les différents modèles économiques de l’open source, mais celui des éditeurs de logiciel open source est encore mal compris.

Le modèle des fondations

On sait qu’une grande majorité du logiciel open source est développé non par des bénévoles, mais par des informaticiens qui sont rétribués, au travers de divers modèles économiques.  

Le modèle économique des fondations, qui est un modèle de mutualisation de R&D par les entreprises, fonctionne particulièrement bien. Il fait fonctionner le développement du noyau Linux, des nombreux produits de la fondation Apache, ou plus récemment du Cloud "Openstack". Des entreprises trouvent économiquement pertinent de faire travailler quelques-uns de leurs développeurs sur les programmes de la fondation. Le modèle des fondations est florissant, mais dans de nombreux domaines il n’a pas amené de produit majeur. Ce sont précisément les domaines qui ont été conquis par des éditeurs open source.

Modèle économique d’éditeur open source

Le modèle économique des éditeurs open source est très différent de celui des fondations. L’éditeur est une société normale, c'est-à-dire à but lucratif, qui fait le choix de distribuer tout ou partie de ses produits sous une licence open source. L’éditeur investit dans le développement d’un produit logiciel, et espère trouver un retour sur son investissement. Ces dix dernières années ont vu un développement spectaculaire de ce modèle.   Il semblait même que toutes les startups du logiciel avaient choisi l’open source.  

Un logiciel open source – s’il est de qualité bien sûr – se répand comme une trainée de poudre, au niveau mondial. Les success-stories n’ont pas manqué, ces dix dernières années, et incluent quelques belles sociétés françaises. Et cependant, gagner de l’argent, pour un éditeur open source, n’est pas toujours aisé.

Comme on le sait, la distribution d’un produit sous une licence open source permet une libre utilisation, sans limitation aucune, et autorise la modification et la redistribution du logiciel. Il n’est donc pas possible d’exiger des utilisateurs du produit le paiement d’un quelconque droit d’utilisation. 

Des modèles fondés sur le support

On a coutume de dire que, en conséquence, les modèles économiques d’éditeurs open source sont fondés sur le support. L’éditeur propose un contrat de support, par souscription en général annuelle. En l’échange du paiement de la souscription, l’éditeur offre un ensemble de garanties et de services, en général l’accès immédiat aux correctifs du logiciel, mais aussi une prestation de support, c'est-à-dire la promesse d’une intervention garantie, sur tous types de problèmes en relation avec le logiciel. Aux États-Unis, les éditeurs associent leur offre de support à une forme d’assurance relative à la propriété intellectuelle, qui peut être très séduisante pour les services juridiques de leurs clients. 

Les difficultés d’un modèle de support

Certains éditeurs ont un produit destiné uniquement aux grandes entreprises, et sur un domaine critique. En général, les grandes entreprises ne conçoivent pas qu’un logiciel critique ne soit pas l’objet d’un contrat de support solide. 

Mais un modèle fondé exclusivement sur le support présente des difficultés.  

a) Il est difficile de rendre le prix proportionnel à l’usage du logiciel, et donc aux bénéfices qu’il apporte à son utilisateur,

b) Le prix du support doit financer à la fois la prestation de support, qui doit être d’une qualité irréprochable, mais aussi le développement du produit,

c) Plus le produit est de qualité, moins le client rencontre de difficulté, plus il lui semble possible de renoncer au support,

d) Des prestataires tiers, autres que l’éditeur et qui n’ont pas investi dans le développement du produit, peuvent proposer des alternatives de support, moins légitimes et moins expertes, mais éventuellement moins chères.

Jouer les grands nombres

Certains éditeurs peuvent compter sur une sorte de loi des grands nombres : un utilisateur sur 100 de leurs produits deviendra client, mais ce n’est pas un problème puisqu’ils ont 100 000 déploiements. Pour certains c’est 1 sur 1 000, pour d’autres 1 sur 10 000. MySql, historiquement le premier des éditeurs open source à succès, faisait vivre une société de 400 personnes en proposant un support optionnel de sa base de données. Mais c’est un modèle qui ne vaut que pour certains types de produits, combinant un marché global immense, et une position de leadership forte. J’entendais récemment Fabien Potencier, PDG de SensioLabs, expliquer que c’était sa vision du modèle économique pour son produit Symfony, un framework PHP au succès mondial : la loi des grands nombres. Pour un éditeur qui est dans cette logique, chaque déploiement nouveau est bon à prendre, qu’il rapporte ou non, il participe de la diffusion du produit, il contribuera à le faire connaître et apprécier.  

Mais c’est un modèle qui ne convient pas à tous les éditeurs, soit que leur marché soit intrinsèquement trop petit pour faire jouer les grands nombres, soit que le marché soit fragmenté, et donc leur part trop petite.  

Éditeurs intégrateurs

Les éditeurs open source dont le produit n’a pas un déploiement mondial peuvent avoir de grandes difficultés à devenir rentable. Nombreux sont ceux qui sont également intégrateurs de leur produit. C’est la manière la plus simple de trouver des revenus, au moins pour démarrer, et on pourrait penser que personne ne saura mieux déployer un produit que celui qui l’a créé. Mais c’est un modèle qui n’est pas extensible, et qui tend à brider l’expansion de l’entreprise. Pour se déployer, en particulier à l’international, l’éditeur doit s’appuyer sur un réseau d’intégrateurs partenaires, et il ne parviendra jamais à bâtir ce réseau s’il est aussi le premier concurrent de ses partenaires. Les éditeurs-intégrateurs open source ont donc un modèle qui tient la route, mais qui les confine à un petit marché. D’une certaine manière, le produit est là pour aider à vendre l’intégration, la vraie source de revenus ; il n’est qu’un atout concurrentiel au service d’un coeur de métier d’intégrateur.

"Payer ?? Je croyais que c’était open source ?"

Certains éditeurs open source ont connu un succès planétaire. Mais nous connaissons aussi des petits éditeurs qui souffrent. Leur produit est utilisé, mais personne ne semble se soucier de financer leur effort de développement. Certains utilisateurs sont capables même de se plaindre d’un bug qui tarde à être corrigé, d’une fonctionnalité manquante, d’une réponse tardive à leurs questions. Mais payer ?? "Je croyais que c’était open source ? "

Et les mêmes qui assurent avec force que, en matière de logiciel, "libre ne veut pas dire gratuit", fustigent les éditeurs qui ont une politique commerciale un peu, disons, volontariste. Il faut pourtant bien comprendre une chose : tant que payer est optionnel, on paye très peu. Les utilisateurs de logiciels open source, et particulièrement les entreprises, ne paieront pas au nom d’un devoir moral. C’est dommage, mais c’est ainsi. Et la nécessité de rendre durable le modèle sous-jacent, dans leur intérêt même, ne semble pas être une motivation suffisante. On peut, on doit, faire leur éducation. Mais en attendant, il faut vivre avec cette forme de tragédie des biens communs : chacun préfère que les autres s’occupent de rendre durable le modèle. 

Des modèles à deux licences

Pour construire un modèle viable, certains éditeurs ont fait le choix d’une distribution sous deux licences distinctes, l’une open source, l’autre non. 

Il en existe différentes variantes. Dans certains cas, il n’y a qu’une version du logiciel, mais elle est distribuée sous deux licences, et le support n’est proposé que sur la licence dite, "entreprise", dont la licence n’est pas open source. Ce peut être le moyen, pour un même produit, de rendre le prix de support proportionnel à l‘usage. 

Pour d’autres éditeurs, la version dite "entreprise" n’est pas le même produit. Elle offrira des fonctionnalités supérieures, destinées aux utilisations plus professionnelles ou plus ambitieuses. D’autres enfin définissent leur version "entreprise" par une qualité supérieure, un niveau de stabilité, de test, de robustesse, convenant aux utilisations professionnelles.

Un modèle à deux licences et deux versions, parfois appelé "freemium", ou encore "open core", oblige à trouver le juste point d’équilibre entre les possibilités des deux versions : la version open source doit être assez complète et assez robuste pour être diffusée, donner envie, construire une image positive du produit. L’éditeur doit donc accepter l’idée que sa version open source, quand bien même il l’aurait affublée d’un nom inquiétant, doit être utilisable en production de manière satisfaisante. Si elle ne l’est pas, si c‘est une sorte de version d’évaluation, alors elle ne participera pas à la diffusion et à la renommée du produit. Mais, jugeant que le taux de conversion à la version "entreprise" est trop faible, certains éditeurs sont tentés de dénigrer leur propre version open source, la décrivant eux-mêmes comme inutilisable ! Nous pensons que c’est un très mauvais calcul. Mais il n’est pas aisé de trouver un modèle totalement satisfaisant.

J’entendais dernièrement une société éditrice de logiciels open source qui dénonçait les horribles modèles freemiums et, dans la même phrase, disait sa colère de voir une administration utiliser son produit sans rien payer. Il y a un peu d’inconséquence à cela. 

Lorsqu’un éditeur voit chaque déploiement non payant de son produit comme une anomalie douloureuse, insupportable, quasiment du vol, c’est sans doute qu’un modèle open source ne lui convenait pas. 

Modèle troublant ?

On peut trouver à redire à ces modèles à double licences/double produits, certaines critiques sont fondées. Ainsi, il est incontestable qu’ils estompent la frontière entre open source et propriétaire : le produit revendique une forme de label "open source", qu’il ne mérite que pour une de ses versions. Ils mettent en avant les multiples bénéfices de l’open source, mais n’en offrent réellement qu’un sous-ensemble. 

Certains critiques vont jusqu’à décrire les modèles à double licence comme une arnaque, une démarche de petit dealer : la première dose est gratuite, mais aussitôt que vous aurez aimé le produit, le piège se referme, vous voilà accro et condamné à payer ! C’est une vision tout à fait ridicule. D’une part, les décideurs informatiques ne sont pas des enfants, ils comprennent parfaitement, ce qui est open source et ce qui ne l’est pas, et savent apprécier les bénéfices en regard du coût, c’est leur métier. D’autre part, la version open source fonctionne, elle a peut-être des fonctionnalités plus réduites, mais elle n’a pas de date limite, elle peut être utilisée en l’état, gratuitement, autant qu’on voudra. Et son code source librement étudié, modifié, redistribué.

Pour beaucoup d’éditeurs open source, y compris en mode "open core", le ratio entre les installations "entreprise", sous contrat avec l’éditeur, et les installations libres est de 1 à 10, souvent de 1 à 100. Si 90 ou 99 % des utilisateurs bénéficient d’un produit open source de qualité, financé par des utilisateurs plus exigeants qui eux-mêmes sont satisfaits de leur choix, on se demande où serait le mal ?

Pas de concurrence entre éditeurs et fondations

On peut apprécier ou non les modèles à double licences, les choisir ou non, mais il est clair qu’ils ne font de tort à personne, et sûrement pas au patrimoine logiciel des fondations. 

Les éditeurs open source ne sont pratiquement jamais en concurrence avec les produits open source des fondations et communautés. D’abord parce qu’ils adressent des segments de marché très différents. L’open source des fondations, qu’on pourrait appeler "non marchand", est particulièrement riche dans l’infrastructure, les outils de développement et frameworks, et certains domaines connexes. Ce n’est pas limitatif, bien sûr, et l’on doit citer aussi des Libre Office, VLC, Blender et bien d’autres. Mais du moins, il laisse des domaines non couverts, et ce sont précisément ces domaines qui sont occupés par des éditeurs open source. Les éditeurs open source ne sont presque jamais en concurrence avec les produits de fondations, simplement parce que s’ils l’étaient, ils perdraient, et disparaitraient.  

On peut donc refuser de déployer ces logiciels, ou bien on peut choisir d’en utiliser la version véritablement open source, fusse-t-elle appelée "community". Mais on ne peut pas à la fois déployer cette version et pester contre l’éditeur parce qu’il propose par ailleurs une version "entreprise", non open source. Ce serait incohérent, puisque c’est bien cette version entreprise qui finance le développement de l’autre version. Si l’on refuse le modèle, il faut le refuser complètement. Mais la réciproque est vraie : l’éditeur pour sa part, ne peut pas à la fois construire un marketing fondé sur le caractère open source et fustiger les utilisateurs qui ont l’audace d’utiliser cette version ! Au final, chacun doit simplement assumer ses positions.

Retour sur la circulaire Ayrault

Le gouvernement a publié en septembre 2012 une circulaire qui a fait grand bruit et qui a réjoui les défenseurs du logiciel libre et open source. Elle décrit de manière détaillée les domaines où l’open source apporte des bénéfices spécifiques, et où leur déploiement est recommandé, dans les systèmes d’information de l’État. Un aspect de cette circulaire n’a pas été très remarqué, il concerne précisément les produits à double licences, qui sont jugés moins désirables. Le principal risque cité est qu’ils "risquent de rebasculer dans un mode propriétaire". Nous ne voyons pas un grand risque en cela : les exemples sont très rares de logiciels open source redevenant propriétaires, et la menace du "fork", la reprise du code source par un tiers, reste fortement dissuasive. Et l'État fait souvent le choix de contrats de support globalisés, sans s'assurer qu'ils incluent une juste rémunération des éditeurs.

L’État peut préférer des produits open source de la sphère non marchande, mais s’il utilise des produits d’éditeurs, et particulièrement ceux de petits éditeurs français, il devrait selon nous s’assurer qu’une juste rétribution est permise à ces entreprises afin qu’elles puissent croître et se lancer sur le marché mondial. On lira sur ce sujet, la tribune de Miguel Valdes, qui dirige l’éditeur Bonita, parue ici même il y a peu.

Éditeurs open source et communautés

Les logiciels open source d’éditeurs ont d’autres caractéristiques que celle de leur modèle économique. Dans une majorité de cas, la partie centrale du produit est développée par une équipe unique, celle de l’éditeur. Certains acceptent les contributions de tiers, mais dans l’ensemble les contributeurs bénévoles sont un peu plus réticents à s’investir pour un produit au bénéfice d’une entreprise. Et à l’évidence, la gouvernance du produit est entre les mains de l’éditeur. La notion de communauté, pour ces logiciels, est donc différente, mais elle a du sens malgré tout. En particulier, nombreux sont les éditeurs open source qui ont adopté un modèle d’architecture noyau-extensions, un modèle où de nombreuses fonctionnalités du produit sont apportées par des développements qui viennent s’accrocher au produit pour le compléter. 

C’est un modèle qui permet d’enrichir un produit sans avoir à toucher directement son code source noyau : il permet donc un bon compromis entre le besoin de robustesse du produit, et la richesse d’un foisonnement de type communautaire. Certains produits open source d’éditeurs ont ainsi des centaines, certains des milliers, d’extensions développées par des tiers. Et chaque déploiement du produit s’accompagne alors de quantités d’extensions, dont certaines sont devenues incontournables. Ici, on peut parler d’une communauté, même si elle est un peu différente : ces développeurs travaillent plutôt en parallèle, que de manière coordonnée. Mais le résultat est là : le produit s’enrichit par les efforts non seulement de l’éditeur, mais des centaines de développeurs d’extensions. 

En conclusion

On sait que le développement de logiciel open source ne peut pas et ne doit pas être à l’écart des mécanismes économiques et de la sphère des entreprises. Le patrimoine logiciel porté par des fondations, qui a des fondements humanistes, a néanmoins une logique, des motivations économiques. Il a donné lieu aux logiciels qui forment le socle de l’informatique moderne. Mais il ne couvre pas tous les domaines, et a laissé du champ aux éditeurs open source. Quelles que soient les variantes de modèles économiques retenues, ceux-ci apportent une contribution essentielle au patrimoine commun de l’open source. Loin d’être antagonistes, l’open source du secteur non marchand des fondations et communautés, et l’open source marchand des éditeurs s’alimentent l’un l’autre, ils sont au contraire interdépendants.

Patrice Bertrand

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